Rechercher

Calendrier

Mai 2012
L M M J V S D
  1 2 3 4 5 6
7 8 9 10 11 12 13
14 15 16 17 18 19 20
21 22 23 24 25 26 27
28 29 30 31      
<< < > >>

Vendredi 25 décembre 2009 5 25 /12 /Déc /2009 20:27

Visite au pays des Tazotas, La fin d’une énigme ?

 

Auteur : Michel Amengual

Eljadida.ma


Le pays est plat, de ce coté-ci des Doukkala, une plaine convoitée depuis l’antiquité…: Les Phéniciens, qui y aurait laissé des tombes ; les Romains qui venaient, depuis Volubilis, s’approvisionner en blé ; les Arabes qui ont islamisé les tribus berbères qui peuplaient la région; les Portugais, qui, dans leur route vers l’Orient, y avaient bâti des forteresses , comme Azemmour et Mazagão , les Français et le Maréchal Lyautey, qui voulait faire de Mazagan, (aujourd’hui El Jadida) la Deauville marocaine….La baie est belle, en effet, et les Marocains aujourd’hui veulent transformer cette rive atlantique en une immense Côte d’Azur, avec ces plages qui émaillent le littoral où il ne fait jamais trop chaud l’été, ni froid l’hiver. Des hôtels de luxe, des résidences de charme sont partout en construction. Et l’on y investit par millions d’Euros. Mais l’arrière pays, lui, est profondément et authentiquement rural. La terre, rouge comme la latérite sahélienne, ou brune comme le limon d’Egypte, est difficile à cultiver. De loin en loin, près d’un douar ou dans un champ, des petites pyramides au toit arrondi : Des tazotas ! Partout alentour, on devine des pierres, des pierres…à perte de vue, d’un calcaire blanchâtre ou roux...comme des pierres à chaux ! Sauf qu’ici, dans cette plaine, c’est une plaie. Et jadis, c’était pire : La charrue avait du mal à passer, le blé et le maïs à pousser. Alors, il a fallu épierrer.

Mais comment débarrasser les champs de ces croûtes, sans moyens adéquats ? Le paysan arrachera donc lui-même ces pierres à la sueur de ses muscles et souvent à main nue. Que faire ensuite des roches collectées ? On érigera d’abord des murets pour séparer les parcelles de terrain, on fera des clôtures pour les douars, ou des enclos pour le bétail. Et pour le reste, pour ces tonnes, ces mètres cubes de pierres qui essaimaient à l’infini les champs ? Alors, l’idée est venue : on en fera des tazotas , ces pyramides miniatures que l’on voit ici et là. Des cabanes à berger ? Des greniers à blé, à maïs ou à foin ? Des étables ou des habitations ?

Mais qui en a eu le premier l’idée ? On ne le saura sans doute jamais. Ce qui est sûr, c’est qu’on n’en trouve que dans cette région-là du Maroc, dans le triangle El Jadida- Azemmour- Ouled Hassine. La racine du mot Tazota serait d’origine berbère, tiré, semble-t-il, de tazudëa qui voudrait dire bol… ! Toujours est-il que ces tazotas sont en forme de bol renversé et ont toutes la même forme tronconique. D’ailleurs, pourquoi sont-elles toutes sur ce modèle ? Pourquoi retrouve-t-on aussi cette même architecture dans les fours traditionnels des potiers locaux , qu’ils appellent eux aussi, tazota ?

Mais il y a également des constructions similaires dans le bassin méditerranéen : En Grèce dans l’île de Zakynthos, en Croatie, dans le sud de la France, où on les appelle des bories ou des capitelles et en Italie, notamment dans les Abruzzes et dans les Pouilles. Un travailleur marocain immigré dans ces régions-là n’aurait-il pas au retour dans sa terre natale, introduit ce modèle qui fut par la suite standardisé ? Impossible à prouver.

L’origine des Tazotas : La fin d’une énigme ?

Les traditions orales recueillies auprès des habitants des douars concernés en font remonter la construction à la première moitié du XXéme siècle ; C’est d’autant plus vraisemblable qu’aucun voyageur étranger, comme Edmond Doutté ou Edouard Michaux-Bellaire, qui ont sillonné en tous sens, dans les années 1900/1905 la région des Doukkala , n’en a signalé la présence. Sans doute ont-elles apparu au moment du Protectorat, lorsque l’on a procédé au partage des terres collectives, vers 1920/25, pour sédentariser une population à tradition nomade et des écrits de Paul Pascon le donne à penser. Chaque fellah devait enclore son lopin de terre, et, comme il était interdit d’utiliser du sable des plages pour les constructions, on s’est mis à bâtir en pierres sèches des habitations, et surtout ces « tazota » pour protéger récoltes et bétail contre les vols mais aussi en prévision des périodes de famine et de disette.

Pour le Professeur Christian Lassure, l’un des spécialistes mondiaux des constructions en pierres sèches, et Président du CERAV ( Centre d’Etudes et de Recherches sur l’Architecture Vernaculaire- Paris ) à qui je faisais part de cette probable hypothèse et de mes interrogations , ces nouveaux indices semblent apporter une solution définitive à ce qui pouvait être considéré comme une énigme : « Votre recherche, m’a-t-il écrit, a heureusement apporté de nouveaux indices quant au caractère subactuel des tazotas. Le mouvement de construction où elles s’inscrivent a été déterminé par l’accession à la propriété de population locale sous le Protectorat. Dans ce court laps de temps qu’a duré ce mouvement, les constructions n’ont pas eu le temps de se diversifier et, de toute façon, on peut penser que d’emblée, le premier constructeur paysan a trouvé la bonne formule en fonction des possibilités et des limites du matériau qu’il avait sous la main, des usages qu’il envisageait pour l’édifice et de sa propre maîtrise empirique de la construction à pierre sèche. En d’autres termes, conclut le Pr Ch.Lassure, notre paysan marocain a dû cogiter, peut-être faire un plan, un premier essai, et trouvé rapidement la forme adéquate. Comment savoir ? Le fait est que cette formule réussie est là, sous nos yeux, témoin d’un épisode de l’histoire économique du Maroc et de l’ingéniosité des populations sédentarisées. »( Pour ceux qui veulent prolonger leur réflexion sur les constructions en pierres sèches de par le monde, consulter absolument le site : www. pierreseche.com/)

L’originalité de ces constructions ? Des pierres sèches, c’est-à-dire assemblées sans mortier ni ciment. L’édification de telles structures était empirique : Point de fondation. Un cercle dessiné à terre représentait la surface intérieure, et à partir de cette ligne, les pierres étaient empilées et ajustées, légèrement inclinées vers l’extérieur. Ce système, assure-t-on, empêcherait tout risque d’effondrement à l’intérieur et la pluie de pénétrer dans l’édifice. Ce qui est remarquable aussi, c’est qu’aucune trace de coup de ciseau ni de massette n’a été trouvée sur les pierres utilisées. La bonne pierre à la bonne place.

On peut estimer qu’une tazota courante représente un volume de 100m3, soit l’épierrage d’un champ de 250 m² et une masse de 300 tonnes. Compte tenu des différentes manipulations des moellons, deux personnes déplaçaient donc 10.000 kg de pierres par jour, pendant trois mois…Un travail de titan. Certaines de ces tazotas sont formées d’un seul gradin, d’autres, plus rares, de deux gradins superposés. Les parois ont entre 1,20m et 2,5m d’épaisseur avec une entrée trapézoïdale, et une fenêtre juste au dessus, ce qui donne à l’édifice un aspect trapu, mais harmonieux. Un ou deux escaliers, suivant le cas, mènent au premier étage, à un chemin de ronde qui permet au paysan d’introduire par la fenêtre le foin à l’intérieur de la tazota ; mais aussi de faire sécher des produits agricoles, en bénéficiant du maximum d’ensoleillement et de la chaleur transmise par les pierres surchauffées. Et puis aussi, de là-haut, on pouvait surveiller les alentours, ou appeler au fond du bled en cas de besoin. Il est intéressant d’observer la situation de ces tazotas par rapport à l’habitation de leurs propriétaires ou du douar. Certaines ont été bâties à l’écart du logis, tandis que d’autres sont accolées au bâtiment principal. Le site le plus insolite,et le plus extraordinaire se trouve à Ouled Bouaziz, et est la propriété des héritiers Mohamed Moundib. Constitué de sept tazotas regroupées dans un même et vaste enclos, faisant face à la maison de maître, ce grandiose ensemble est unique au Maroc. Cinq tazotas servant de greniers, à deux gradins superposés et accolées l’une à l’autre et, quelques enjambées plus loin, deux autres tazotas à trois gradins,( extrêmement rares) destinées à abriter les animaux. Cette cour de ferme originale avec ses granges et ses écuries, a été bâtie par le patriarche de la famille, le grand mokadem Mohamed Chiadmi en 1922, comme l’indique une date gravée dans la pierre de sa vaste demeure, aujourd’hui en vestiges. Un véritable patrimoine à préserver. Comme le sont aussi les autres tazotas éparpillées dans la région des Doukkalas. Aujourd’hui, les nouveaux matériaux de construction remplacent les pierres car il est plus facile de construire, pour abriter chèvres ou chaumes, un cube en béton ou en briques, qu’un cône en pierres arrachées à la terre. Les derniers maâlems (maîtres d’œuvre) ont pratiquement disparu et avec eux, leur savoir faire. Ainsi cet art architectural vernaculaire aura vécu et disparaîtra à jamais si n’est pas ressentie par les principaux acteurs concernés, l’urgente et impérieuse nécessité de transcrire, par écrit ou par film, les différentes étapes qui ont mené à la construction de ces véritables trésors ruraux. Car il y a là, certainement, une nouvelle niche pour un tourisme écologique authentique. Et les preuves d’un passé qui reste encore à découvrir.

 

 

 


Jeudi 24 décembre 2009 4 24 /12 /Déc /2009 21:51

A Ilian MOUNDIB


Lundi 21 décembre 2009 1 21 /12 /Déc /2009 21:07

les arganiers du Doukkalla ont été plantés le 26 novembre 2006   :

 

dsc02661.jpg

les arganiers en pots pret pour la plantation




dsc02744.jpg

Mr Eljahidi main dans la pâte

dsc02745.jpg

Mr Elmokhtari veillant à la perfection

dsc02748.jpg

dsc02803.jpg

les autres membres du Site au travail
dsc02721.jpg

et en fin reperage par GPS

Images Aléatoires

 
Créer un blog gratuit sur over-blog.com - Contact - C.G.U. - Rémunération en droits d'auteur - Signaler un abus - Articles les plus commentés